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Pour clôturer la série de conférences organisée par Lyon City Design, Jean-Patrick Péché, designer et intervenant au programme I.D.E.A, présentait le 31 mars dernier une allocution sur le thème « Design Thinking, de la créativité pour les RH ».  Au premier abord, les Ressources Humaines sont rarement associées à l’innovation en entreprise. C’est pourtant à elles que revient la charge de recruter des profils correspondants à leur besoin en créativité. L’ instauration d’une démarche Design Thinking pourrait-elle alors être une méthode applicable ?

Un besoin d’innovation pour les entreprises

Selon notre premier ministre : « Pour le développement économique de la France, il est essentiel de faire de l’innovation une priorité ! » Face aux conjonctures économiques actuelles, à savoir: la baisse du pouvoir d’achat, l’intensité de la concurrence et le consumérisme grandissant, les entreprises font de l’innovation une priorité.
L’innovation ne doit d’ailleurs pas se cantonner à l’innovation produit mais aussi dans le modèle d’entreprise lui-même. Pourtant, la majorité des entreprises la réduisent à un « service » alors qu’elle devrait être un élément à part entière de la culture d’entreprise partagée par tous les membres et pour le bénéfice de chacun. Le schéma traditionnel du processus de création est le suivant : une équipe en R&D se penche sur une idée, puis cela passe par l’équipe design, puis l’équipe technique, puis le service commercial et enfin le service marketing qui se rend compte qu’il n’y a en fait pas de marché.

Projet en silo

Copyright I.D.E.A

L’innovation est ici bloquée par une procédure séquentielle et une organisation « en silo ». D’autres contraintes interviennent également comme la frilosité, le manque d’ouverture, des problèmes de communication au sein des services et un management de l’objectif qui empêche la prise de risque.

Comment innover dans ces conditions ? Jean-Patrick Péché nous rappelle que l’innovation c’est d’abord l’émergence de l’aléa, du fortuit… Ce qui ne colle pas à notre organisation frigide actuelle. C’est aussi la liberté et la confiance, des notions simples et donc dérangeantes. C’est ici qu’intervient le rôle des industries créatives qui proposent des axes de réflexion qui pourront nourrir des projets d’innovation. C’est une notion toute récente que d’accepter l’importance de l’art dans l’entreprise; mais comment l’intégrer de manière opérationnelle en entreprise ?

Introduction au Design Thinking

L’approche du Design Thinking propose de briser cette organisation en silo et d’éviter l’échec de projets d’innovation en proposant un renouvellement des méthodes de développement produit. Cette démarche est apparue en Californie, dans la Silicon Valley, au milieu des années 2000 et est basée sur un siècle de pratique du design industriel dans le monde. Elle a su s’imposer ces dix dernières années comme une méthodologie opérationnelle de la gestion de projets innovants.

Tout d’abord, l’innovation selon le Design Thinking ne se réduit pas à l’invention et à la technologie. Prenons l’exemple du système de location de vélo ‘Velib », l’innovation ne réside pas dans la technicité de ce nouveau transport urbain, mais dans le fait de payer l’usage et non la propriété de celui-ci.

Il s’agit ici de placer l’humain au centre de l’innovation. Le designer et PDG d’IDEO, Tim Brown participe au développement du Design Thinking et en formalise la méthode. Selon lui, il est primordial de prendre en compte trois ensembles : La Désirabilité pour l’utilisateur, la Viabilité pour le business et la Faisabilité en termes de process. Leur prise en compte nous rend agiles dans les environnements complexes et nous permet de garder une vision globale du projet.

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Un deuxième élément clé porte sur la transversalité des connaissances dans l’entreprise. Chaque collaborateur quelque que soit son domaine de compétence doit être mis à contribution sur l’ensemble du projet. Bill Buxton propose une méthode transdisciplinaire adaptée à ce besoin de briser les silos en mixant les compétences de chacun au plus tôt dans le démarrage du projet.

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Au regard des méthodologies de Tim Brown et Bil Buxton, on peut formaliser 3 phrases distinctes. La phase 0 s’interroge sur la désirabilité, elle est le fait principalement du designer. La phase 1 fait travailler ensemble le management, le marketing, l’ingénierie et les sciences sociales sur la faisabilité du projet. Et pour finir, la phase 2 reprend tous ces acteurs largement dirigé par le service commercial pour en assurer la viabilité. Il est ainsi possible de transformer le Design Thinking, pensée abstraite et obscure pour certains en un mode opérationnel de management de projet.